Notes de musique
Encodage par notation musicale : chaque lettre devient une note (A à G) sur une octave précise. Le ciphertext se présente comme une partition courte, lisible par tout musicien comme un message caché.
- Famille :
- Code
- Difficulté :
- Débutant
- Époque :
- Renaissance, formalisé au XIXᵉ siècle (Friedrich Kluge)
Aussi appelé : code des notes · partition chiffrée · music note cipher
L’encodage par notes de musique est une famille de codes qui transforment des lettres de l’alphabet latin en notes de musique sur une portée. Le résultat ressemble à une courte partition qui peut être :
- Jouée à l’instrument comme une mélodie (souvent dissonante mais valide).
- Imprimée dans un livre sans attirer l’attention (notes décoratives, exercices de solfège).
- Lue à vue par tout musicien possédant la table — sans avoir l’air de lire un message chiffré.
C’est l’un des plus anciens dispositifs de stéganographie musicale documentés, formalisé pour la première fois au XIXᵉ siècle par le philologue allemand Friedrich Kluge, mais utilisé de manière informelle dès la Renaissance.
Principe
Mapping classique (rang alphabétique × octaves)
Avec 7 notes (A, B, C, D, E, F, G) et 4 octaves (1 à 4), on obtient 28 cases possibles — suffisant pour les 26 lettres de l’alphabet latin (les 2 dernières cases restent vides ou servent de marqueurs).
A1 = A B1 = E C1 = I D1 = M E1 = Q F1 = U G1 = Y
A2 = B B2 = F C2 = J D2 = N E2 = R F2 = V G2 = Z
A3 = C B3 = G C3 = K D3 = O E3 = S F3 = W
A4 = D B4 = H C4 = L D4 = P E4 = T F4 = X
Chaque lettre devient ainsi une (note + octave) unique. Le ciphertext est noté sur une portée standard à 5 lignes.
Variante par rang seul (sans octave)
Une version simplifiée utilise uniquement les 7 notes sans octave et fait boucler l’alphabet : A=A, B=B, …, G=G, H=A (deuxième passage), I=B, …, etc. Ambiguë, mais lisible si la longueur du plaintext est connue.
Cryptogrammes musicaux célèbres
L’usage du chiffrement musical a une longue tradition dans la musique classique :
B.A.C.H.
Jean-Sébastien Bach a signé plusieurs de ses œuvres en utilisant le motif B-A-C-H (en notation allemande, B = si bémol, A = la, C = do, H = si bécarre). Cette suite de 4 notes apparaît textuellement dans :
- L’Art de la fugue (BWV 1080), à plusieurs endroits stratégiques.
- Fantaisie chromatique (BWV 903).
- Plusieurs cantates et fugues.
Bach n’est pas le seul : Schumann, Liszt, Brahms, Schoenberg, Webern, Berg, Stravinsky ont tous écrit des œuvres incorporant le motif B-A-C-H comme hommage encrypté.
D-S-C-H (Chostakovitch)
Dmitri Chostakovitch a signé musicalement avec D-Es-C-H (en notation allemande : D = ré, Es = mi bémol, C = do, H = si). Cette signature apparaît :
- Dans la 8ᵉ symphonie (1943).
- Dans le 8ᵉ quatuor à cordes (1960), dédié “aux victimes du fascisme et de la guerre”.
- Dans les Préludes et Fugues op. 87.
Le Sphinx d’Edward Elgar
Le Concerto pour violoncelle d’Elgar comporte un thème central jamais résolu, qu’il appelait son Enigma. Edward Elgar est aussi l’auteur du Dorabella cipher (1897), un chiffrement non résolu adressé à Dora Penny — qui partage avec le concerto une dimension mystérieuse.
Comme dispositif cryptographique
Forces
- Stéganographie naturelle : un message chiffré en notes de musique ne ressemble pas à du texte chiffré — il ressemble à de la musique.
- Lisibilité multimodale : peut être joué (audio), imprimé (visuel), tapé sur ordinateur (MIDI).
- Auteur identifiable : un musicien laisse parfois sa signature musicale dans une œuvre, créant une marque de propriété cryptée.
Faiblesses
- Substitution monoalphabétique simple : tombe à l’analyse de fréquence dès que le plaintext dépasse 50 caractères.
- Dépendance instrumentale : la “musique” résultante est souvent dissonante ou non mélodique (un motif aléatoire de notes ne fait pas une bonne mélodie), ce qui peut alerter un auditeur attentif.
- Limite à 26 + ponctuation : pour des messages avec accents, espaces, chiffres, il faut étendre la table.
Variantes documentées
- Solfège syllabique — chaque lettre devient une syllabe (do-ré-mi-fa-sol-la-si) au lieu d’une note A-G.
- Notation cliché (Stéganographie de Trithème, 1499) — utilise des mélodies préexistantes comme support, avec des notes “modifiées” qui codent le message caché.
- Code Vigenère musical — chaque note est décalée d’un intervalle musical (tierce, quinte) selon une clé, comme un Vigenère sur l’échelle chromatique.