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CipherChronicle

Méthodes de chiffrement Symboles

Ogham (alphabet celtique)

Alphabet utilisé pour le vieil irlandais, gravé en encoches verticales sur le bord de pierres dressées. Chaque lettre est une combinaison d'entailles à droite, à gauche ou en travers d'une ligne médiane.

Famille :
Symboles
Difficulté :
Débutant
Époque :
IVᵉ-VIᵉ siècle apr. J.-C., Irlande gaélique

Aussi appelé : alphabet ogham · écriture des druides · ogham irlandais · beith-luis-nin

L’Ogham (prononcé ohm) est un alphabet utilisé pour l’écriture du vieil irlandais entre le IVᵉ et le VIIᵉ siècle apr. J.-C. Sa forme est unique dans l’histoire de l’écriture : chaque lettre est composée d’encoches gravées le long de l’arête d’une pierre dressée, lues de bas en haut puis de gauche à droite quand l’inscription tourne le coin.

Plus de 400 inscriptions oghamiques ont été retrouvées, principalement dans le sud-ouest de l’Irlande, le pays de Galles, et l’île de Man. Elles datent presque toujours des stèles funéraires ou des bornes territoriales, gravant le nom du défunt ou du propriétaire en quelques lettres.

Principe

Les quatre aicmí

L’alphabet ogham original compte 20 lettres réparties en 4 groupes (aicmí, prononcé ekemi) de 5 lettres chacun :

Aicme Beith (B-aicme)  : B  L  F  S  N    — entailles à droite
Aicme Huath (H-aicme)  : H  D  T  C  Q    — entailles à gauche
Aicme Muin (M-aicme)   : M  G  Ng Z  R    — entailles diagonales en travers
Aicme Ailm (vowels)     : A  O  U  E  I    — encoches transversales courtes

Chaque lettre se distingue par :

  • Le côté de la hampe (gauche, droite, ou les deux pour les diagonales).
  • Le nombre d’encoches (1 à 5).

Les “Forfeda”

Au IXᵉ siècle, 5 lettres supplémentaires (forfeda) ont été ajoutées pour transcrire des sons absents du vieil irlandais initial : Ea, Oi, Ui, Io, Ae. Elles utilisent des combinaisons graphiques plus complexes (croix, carrés ouverts).

L’alphabet étendu compte alors 25 lettres, suffisant pour la quasi-totalité des phonèmes du vieil irlandais et des emprunts latins.

Pourquoi cette forme étrange ?

Plusieurs hypothèses sur l’origine de l’ogham :

  1. Origine cryptographique — Macalister (1937) a soutenu que l’ogham était initialement un chiffre secret utilisé par les druides ou les bardes pour des messages confidentiels. L’analyse récente (McManus, 1991) tend plutôt vers :

  2. Adaptation linguistique — l’alphabet a été conçu pour transcrire le vieil irlandais en utilisant un support économique (la pierre, gravée à la hache ou au burin), où des entailles simples sont plus rapides à graver que des courbes.

  3. Influence latine — la classification en groupes de 5 reflète peut-être une connaissance de l’alphabet latin (B, L, F, S, N = 5 premières consonnes communes, etc.). Mais la décision de privilégier les entailles est probablement gauloise/celtique préchrétienne.

Inscriptions célèbres

  • CIICUS MAQI MUCOI HUNALI (Cnoc na Manach, Irlande) — de Cíocus, fils du clan Hunal, environ 500 apr. J.-C.
  • VOTECORIGAS MAQI VICTORI (Pays de Galles) — de Votecorigas, fils de Victor, mêlant ogham et lettres latines.
  • Pillar of Knockboy — la plus longue inscription (60 caractères), aujourd’hui partiellement érodée.

Ces noms suivent presque toujours la formule X MAQI Y (“X fils de Y”), ce qui les rend immédiatement déchiffrables par crib.

Comme dispositif cryptographique

Bien que probablement non conçu comme un chiffre, l’ogham est aujourd’hui utilisé comme substitution monoalphabétique thématique dans :

  • Les escape rooms à thème celte ou fantasy.
  • Les jeux de rôle (D&D, Pathfinder) — les druides utilisent l’ogham comme langue secrète.
  • Les œuvres de fictionLe Seigneur des Anneaux et plusieurs romans de fantasy s’inspirent de l’ogham pour leurs alphabets fictifs (Cirth, Tengwar runique).
  • Les bijoux et tatouages modernes — le revival celte des années 1990-2000 a remis l’ogham au goût du jour.

Sa table est publique depuis le XIXᵉ siècle, donc pas de sécurité réelle. Son intérêt est culturel et esthétique.

Pour le déchiffrer à la main

  1. Identifier la hampe verticale (la ligne centrale, ou l’arête de la pierre).
  2. Compter les encoches sur chaque côté ou en travers.
  3. Identifier l’aicme : droite seul (B-aicme), gauche seul (H-aicme), diagonale (M-aicme), traverse courte (voyelle).
  4. Lire la position dans l’aicme (1ᵉ à 5ᵉ encoche).
  5. En déduire la lettre par la table beith-luis-nin.

Avec 30 secondes par lettre la première fois, on lit fluidement après quelques essais.