Méthodes de chiffrement Symboles
Lingua Ignota (Hildegarde de Bingen, XIIᵉ s.)
La Lingua Ignota (« langue inconnue » en latin) est une langue construite inventée par Hildegarde de Bingen (1098-1179), abbesse bénédictine rhénane, compositrice, mystique, herboriste et théologienne. Documentée dans son Riesencodex (« Grand Codex », rédigé vers 1170-1175 et conservé à la Hessische Landesbibliothek de Wiesbaden), elle est composée d’un lexique de 1011 mots (les Litterae Ignotae) et d’un alphabet de 23 lettres (les Litterae Ignotae graphiques).
La Lingua Ignota est considérée par les linguistes comme l’un des plus anciens systèmes d’écriture construits documentés dans l’histoire occidentale, plus ancien que les langues de Tolkien (XXᵉ s.) ou même les Lingua Ignota maçonniques de la Renaissance. Son statut exact reste débattu : langue pratique pour les sœurs du couvent ? Code mystique réservé à Hildegarde et son secrétaire Volmar ? Pure exercice de glossolalie chrétienne ? Les paroles d’Hildegarde dans la Vita Sanctae Hildegardis suggèrent une inspiration divine revendiquée, mais cela n’enlève rien à la sophistication linguistique du système.
Comment fonctionne l’alphabet ?
Le chiffre repose sur une substitution monoalphabétique : chaque lettre du message clair est remplacée par un glyphe tiré d’une table de correspondance fixe. C’est l’une des plus anciennes techniques cryptographiques connues — déjà décrite dans l’Antiquité (chiffre de César, ~50 av. J.-C.) — et la famille la plus directement lisible pour un débutant.
La table compte 24 glyphes pour les 26 lettres latines : J se replie sur I et V se replie sur U (alphabet latin médiéval avant ces deux lettres modernes). Pas de chiffres.
Sécurité cryptographique : faible. Comme chaque lettre du clair produit toujours le même glyphe, le chiffre cède à une analyse de fréquence en quelques dizaines de mots (en français comme en anglais, le E reste majoritaire, ce qui donne un point d’entrée immédiat). Les substitutions monoalphabétiques sont donc utilisées aujourd’hui pour leur valeur décorative, ludique ou pédagogique, pas pour protéger une information réelle.
Usage historique et moderne
- Riesencodex (vers 1175) — manuscrit original, Hessische Landesbibliothek Wiesbaden.
- Études médiévales — étudié comme première langue construite occidentale dans les cursus d’histoire médiévale.
- Communauté Hildegarde — réémergence des écrits hildegardiens depuis la canonisation officielle (2012) et la déclaration de Docteur de l’Église (2012) par Benoît XVI.
- Pédagogie — porte d’entrée vers les alphabets construits historiques dans les cursus de linguistique.
Variantes voisines
- Théban (Honorius de Thèbes) — autre alphabet médiéval mystique, voir notre fiche.
- Énochien (Dee/Kelley, XVIᵉ s.) — voir notre fiche, alphabet « révélé » plus tardif.
Quelles sont les faiblesses ?
- Substitution monoalphabétique — analyse de fréquences immédiate.
- Alphabet documenté — table publique reproduite depuis les éditions critiques du Riesencodex (Gottfried, Volmar) au XIXᵉ s.
- Replis J→I, V→U — perte d’information : on ne peut pas distinguer IUSTE de JUSTE après chiffrement.
Les 24 glyphes















































