Méthodes de chiffrement Symboles
Copiale Cipher (Allemagne, 1730-1760)
Le Copiale Cipher est un manuscrit chiffré allemand de 105 pages rédigé entre 1730 et 1760, conservé à l’Académie des Sciences de Berlin. Resté indéchiffré pendant 250 ans, il a été décrypté en 2011 par une équipe internationale dirigée par Kevin Knight (USC, Information Sciences Institute) avec Beáta Megyesi et Christiane Schaefer (université d’Uppsala).
La méthode de décryptage est exemplaire : les chercheurs ont utilisé des algorithmes statistiques de machine learning (segmentation par alignement, fréquences de n-grammes) pour identifier que la majorité des glyphes correspondaient à des lettres allemandes, mais que certains symboles étaient des « nuls » (caractères sans valeur sémantique, ajoutés pour brouiller l’analyse). Le texte décodé révèle un rituel d’initiation d’une société secrète oculiste allemande (« Hochaufgenommene Augenoperationisten »), variante des proto-Loges maçonniques germaniques du XVIIIᵉ s.
Le manuscrit est devenu un cas d’école en cryptographie historique et en humanités numériques.
Comment fonctionne l’alphabet ?
Le chiffre repose sur une substitution monoalphabétique : chaque lettre du message clair est remplacée par un glyphe tiré d’une table de correspondance fixe. C’est l’une des plus anciennes techniques cryptographiques connues — déjà décrite dans l’Antiquité (chiffre de César, ~50 av. J.-C.) — et la famille la plus directement lisible pour un débutant.
La table compte 25 glyphes pour les lettres latines (V se replie sur U, alphabet allemand prémoderne), 10 chiffres et 4 ponctuations (! . , ?). Pour chiffrer, on lit le texte caractère par caractère et on remplace chaque caractère couvert par son glyphe.
Sécurité cryptographique : faible. Comme chaque lettre du clair produit toujours le même glyphe, le chiffre cède à une analyse de fréquence en quelques dizaines de mots (en français comme en anglais, le E reste majoritaire, ce qui donne un point d’entrée immédiat). Les substitutions monoalphabétiques sont donc utilisées aujourd’hui pour leur valeur décorative, ludique ou pédagogique, pas pour protéger une information réelle.
Usage historique et moderne
- Manuscrit Copiale (1730-1760) — original conservé à la Berlin-Brandenburgische Akademie der Wissenschaften.
- Article fondateur (Knight, Megyesi & Schaefer, 2011) — Proceedings of the 4th ACL Workshop on Building and Using Comparable Corpora.
- Pédagogie — étudié dans les cursus de cryptographie historique et d’humanités numériques.
- Histoire des sociétés secrètes — l’un des rares manuscrits oculistes/maçonniques germaniques décryptés.
Variantes voisines
- Manuscrit de Voynich — autre manuscrit chiffré célèbre, toujours non décrypté.
- Dorabella Cipher (Elgar) — voir notre fiche, autre manuscrit chiffré historique.
Quelles sont les faiblesses ?
- Substitution monoalphabétique + nuls — l’ajout de nuls a tenu 250 ans mais a cédé à l’analyse statistique moderne.
- Alphabet documenté — table publique depuis le décryptage de 2011, reproduite sur dCode et dans les publications académiques.
- Pas de défense moderne — la table étant publique, le chiffre n’a plus aucune valeur cryptographique.
Les 25 glyphes


















































Les 10 chiffres




















Les ponctuations







