Méthodes de chiffrement Symboles
Nyctographie (Lewis Carroll)
La nyctographie (du grec nyx, « nuit » + graphein, « écrire ») est un système d’écriture inventé en 1891 par Charles Lutwidge Dodgson — mieux connu sous son pseudonyme Lewis Carroll — pour permettre à ses propres idées d’être consignées la nuit, sans avoir à allumer une bougie ni à sortir du lit.
Il décrit le procédé dans la lettre A Method of Taking Down Thoughts at Night publiée dans le journal The Lady en 1891. Carroll souffrait d’insomnie et y notait : « Si on me réveille la nuit avec une nouvelle idée, je dois soit l’oublier d’ici le matin, soit allumer une bougie pour la noter — et ensuite être complètement réveillé. La nyctographie résout le dilemme. »
Le nyctograph lui-même est un cadre carré perforé d’une grille de 16 trous (4×4) servant à guider la main dans l’obscurité : chaque case contient une lettre/chiffre composé de points (un trou) et de traits (un trou + un voisin) sur une grille 2×2.
Comment fonctionne la nyctographie ?
Le chiffre repose sur une substitution monoalphabétique : chaque lettre du message clair est remplacée par un glyphe tiré d’une table de correspondance fixe. C’est l’une des plus anciennes techniques cryptographiques connues — déjà décrite dans l’Antiquité (chiffre de César, ~50 av. J.-C.) — et la famille la plus directement lisible pour un débutant.
La table compte 26 glyphes pour les lettres latines + 10 glyphes pour les chiffres 0-9, soit 36 symboles au total. Pour chiffrer, on lit le texte caractère par caractère et on remplace chaque lettre (et chaque chiffre) par son glyphe ; pour déchiffrer, on consulte la même table dans l’autre sens.
Sécurité cryptographique : faible. Comme chaque lettre du clair produit toujours le même glyphe, le chiffre cède à une analyse de fréquence en quelques dizaines de mots (en français comme en anglais, le E reste majoritaire, ce qui donne un point d’entrée immédiat). Les substitutions monoalphabétiques sont donc utilisées aujourd’hui pour leur valeur décorative, ludique ou pédagogique, pas pour protéger une information réelle.
Usage historique et moderne
- Carroll lui-même (1891-1898) — utilisait son nyctograph dans son carnet de chevet pour les idées qui le réveillaient.
- Curiosité littéraire — la nyctographie figure dans toute biographie de Carroll comme exemple de son ingéniosité matérielle, à côté des Mischmasch ou des puzzles à mots.
- Outil d’accessibilité historique — préfigure d’environ 50 ans le système Braille moderne (1825) en proposant un alphabet tactile-visuel à grille fixe.
Variantes voisines
- Braille — système tactile par points (1825), 3 lignes × 2 colonnes, antérieur à la nyctographie mais conçu pour les aveugles, pas l’obscurité.
- Pigpen — alphabet à grille géométrique (XVIIIᵉ s.), même esprit de « combinatoire de cases ».
- Nyctograph — l’objet physique perforé inventé par Carroll, distinct du système d’écriture qu’il guide.
Quelles sont les faiblesses de la nyctographie ?
- Substitution monoalphabétique — cède à l’analyse de fréquence.
- Alphabet public : reproduit dans les biographies de Carroll et les bases de glyphes en ligne.
- Pensée nocturne : Carroll lui-même reconnaissait que les idées notées la nuit perdaient souvent leur clarté au matin, indépendamment du système d’écriture.
Les 26 lettres




















































Les 10 chiffres



















