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CipherChronicle

Méthodes de chiffrement Polygraphique

Chiffre Pollux

Conversion du clair en Morse, puis substitution homophonique des points, des traits et des séparateurs par des chiffres 0-9. Brouille la signature visuelle du Morse tout en restant manuel.

Famille :
Polygraphique
Difficulté :
Intermédiaire
Époque :
Cryptographie classique américaine, XXᵉ siècle

Aussi appelé : Pollux · Morse homophonique

Le chiffre Pollux est une variante astucieuse du code Morse popularisée dans les milieux cryptographiques amateurs au milieu du XXᵉ siècle. Le Morse seul est un code public : trivialement décodable par n’importe qui sachant lire la table internationale. Pollux ajoute une couche de substitution homophonique : chaque symbole Morse (point, trait, séparateur) est remplacé par plusieurs chiffres différents distribués sur 0-9.

Principe

Pollux opère en deux étapes :

  1. Conversion en Morse du clair : chaque lettre devient une séquence de points (.), traits (-) et séparateurs (/ entre lettres, // entre mots).
  2. Substitution homophonique : on construit une table qui assigne chaque chiffre 0-9 à un des trois symboles Morse :
    • 3 ou 4 chiffres pour les points,
    • 3 ou 4 chiffres pour les traits,
    • 2 ou 3 chiffres pour les séparateurs.

Au moment du chiffrement, on parcourt la séquence Morse symbole par symbole et on choisit aléatoirement un des chiffres autorisés pour ce symbole. Le ciphertext est ainsi une suite de chiffres dont la même séquence Morse peut produire des chiffrés différents — propriété homophonique.

Exemple

Table type :

. → 3, 8, 2
- → 9, 4, 1
/ → 7, 5, 0, 6

Le clair CIPHER se code en Morse : -.-./../.--./...././.-./ (avec / entre lettres).

Une chiffration possible : 9, 3, 9, 8, 7, 2, 8, 7, 8, 9, 4, 8, 7, 3, 8, 2, 8, 7, 8, 7, 9, 2, 4, 7 — mais une autre exécution avec la même table produirait une suite différente.

Forces et faiblesses

Forces

  • Aplatissement statistique : les chiffres 0-9 ressortent à fréquence quasi-uniforme, masquant la signature classique du Morse (90% de points et traits).
  • Variabilité : le même message chiffré deux fois donne deux ciphertexts différents, ce qui empêche toute attaque par messages connus.
  • Trivial à appliquer manuellement avec une simple table.

Faiblesses

  • Le Morse reste structurel : seules trois familles de symboles existent. Une analyse de fréquence des chiffres groupés (e.g. : compter les paires 33, 38, 82 versus 94, 41) sépare assez vite points, traits et séparateurs.
  • Distribution non parfaitement uniforme : si la table assigne 3 chiffres aux points et 3 aux traits, les points apparaîtront avec la même proportion totale que les traits — mais les séparateurs (peu nombreux dans le Morse) seront sous-représentés. Un comptage des fréquences révèle la classe « séparateur » en quelques lignes.
  • Pas de clé secrète variable : la table est unique pour tout le message.

Variantes

  • Morbit — variante par paires de symboles Morse au lieu de symboles uniques. Voir la fiche dédiée.
  • Pollux étendu — utilise un alphabet base 16 ou base 32 au lieu de 0-9 pour absorber davantage de redondance.
  • Pollux + transposition — applique une transposition sur le ciphertext numérique pour casser les regroupements.

Comment l’attaquer à la main

  1. Compter les fréquences de chaque chiffre. Une partition naturelle en trois classes (points, traits, séparateurs) doit apparaître.
  2. Hypothèse : les classes les plus fréquentes sont points et traits ; la moins fréquente, les séparateurs.
  3. Reconstituer la séquence Morse en remplaçant chaque chiffre par sa classe candidate.
  4. Décoder le Morse standard.

Sur un message d’au moins 50 chiffres, le partitionnement par fréquence aboutit en quelques minutes.

Dans CipherChronicle

Pollux est un chiffre didactique sur l’homophonie : il permet de comprendre comment introduire de la redondance dans la table pour aplatir la fréquence sortante. Les puzzles Pollux serviront de pont entre l’apprentissage du Morse pur et les chiffres homophoniques classiques (substitution multiple).

Grille

3
8
2
9
4
1
7
5
0
3
6
2
9
6
4
0
5
3
7
2
8
1
9
4
6
CléTable : 3 chiffres pour `.`, 3 pour `-`, 4 pour séparateurs
  1. 1

    Suite de chiffres

    Vingt-cinq chiffres aux fréquences proches d'une distribution uniforme — pas de Morse direct.

  2. 2

    Hypothèse Pollux

    Chaque chiffre 0-9 code soit un point, soit un trait, soit un séparateur — mais avec plusieurs chiffres par symbole pour brouiller.

  3. 3

    Décodage : 3,8,2 → ., 9,4,1 → −, 7,5,0 → /

    La table de substitution attribue plusieurs chiffres aux trois symboles Morse.

  4. 4

    Reconstitution du Morse

    La séquence devient une chaîne classique de Morse, lisible avec un alphabet international.

  5. 5

    Message révélé

    Le clair apparaît après décodage Morse standard.