Méthodes de chiffrement Grille
Chiffre ADFGX
Polybe à cinq lettres étiquetées A, D, F, G, X, suivi d'une transposition par colonnes. Deux couches successives, cassé par Painvin en 1918.
- Famille :
- Grille
- Difficulté :
- Avancé
- Époque :
- 1918, armée allemande (WWI)
- Inventeur :
- Fritz Nebel
Aussi appelé : ADFGX cipher
Le chiffre ADFGX a été mis en service par l’armée allemande en mars 1918, peu avant l’offensive de printemps sur le front occidental. Il combine un Polybe à étiquettes lettres et une transposition par colonnes — l’une des premières vraies superpositions cryptographiques modernes. Il a été cassé par le lieutenant français Georges Painvin en avril-juin 1918, exploit considéré comme décisif pour la victoire alliée.
Principe
Étape 1 — Polybe à étiquettes
Une grille 5×5 contient l’alphabet (I/J fusionnés), mélangé selon une clé secrète. Les lignes et colonnes sont étiquetées par cinq lettres choisies pour leurs codes Morse très distincts : A, D, F, G, X.
A D F G X
A A B C D E
D F G H I K
F L M N O P
G Q R S T U
X V W X Y Z
Chaque lettre claire est remplacée par le couple (étiquette-ligne, étiquette-colonne). Par exemple : C → AF, I → DG, E → AX.
Étape 2 — Transposition par colonnes
Le texte obtenu (deux fois plus long, ne contenant que A/D/F/G/X) est ensuite réécrit dans une grille rectangulaire selon un mot-clé, et lu par colonnes dans l’ordre alphabétique des lettres du mot-clé.
Cette double étape complique significativement l’analyse : après Polybe, on n’a que cinq symboles au lieu de 26 ; après transposition, aucune statistique local ne survit.
Exemple (étape 1 uniquement)
Clair CIPHE avec la grille ci-dessus :
C → A F I → D G P → F X H → D F E → A X
Résultat de l’étape 1 : AFDGFXDFAX.
L’étape de transposition dépend d’un mot-clé supplémentaire (par exemple KEY) et rend le ciphertext final non trivial à suivre à la main — d’où l’efficacité historique de la méthode.
Pourquoi cinq lettres ?
A, D, F, G, X ont été choisies par Fritz Nebel parce que leurs codes Morse sont :
A = ·− D = −·· F = ··−· G = −−· X = −··−
Ces cinq symboles sont très différents les uns des autres : peu de risque de confusion à la réception, même en conditions difficiles. C’est la première méthode cryptographique pensée conjointement pour le canal de transmission.
Variantes
- ADFGVX — extension à six lettres en 1918, qui inclut les chiffres 0-9.
- Bazeries — autre superposition Polybe + transposition.
- Nihiliste — idée voisine chez les révolutionnaires russes (Polybe + addition).
Faiblesses
Painvin a cassé ADFGX grâce à deux faits :
- Certains messages intercepté avaient la même structure de début (en-têtes militaires formatés).
- La transposition laisse des contraintes géométriques exploitables quand on dispose de plusieurs ciphertexts de même longueur.
Une fois la transposition renversée, l’étape Polybe cède devant l’analyse de fréquence des paires ADFGX.
Dans CipherChronicle
ADFGX est un chiffre historique fort : il introduit la notion de superposition de méthodes et offre une véritable résistance à l’analyse naïve. Les grilles associées peuvent proposer au joueur de renverser les deux couches dans l’ordre.
Grille
- 1
Texte chiffré
Une séquence composée uniquement de cinq lettres — A, D, F, G, X. Signature immédiate.
- 2
Choix de ces cinq lettres
Les lettres ont été choisies pour leurs codes Morse très distincts — lisibles même dans des transmissions radio bruitées.
- 3
Polybe à étiquettes
Chaque paire ADFGX désigne une case d'une grille 5×5 contenant l'alphabet mélangé.
- 4
Lecture des paires
AF = ligne A colonne F = C, DG = I, FX = P, DF = H, AX = E.
- 5
Message révélé
Les lettres apparaissent après lecture de chaque paire dans la grille.