Méthodes de chiffrement Grille
Chiffre ADFGVX
Extension d'ADFGX avec une sixième lettre (V) pour inclure les chiffres 0-9. Grille 6×6, transposition finale identique.
- Famille :
- Grille
- Difficulté :
- Avancé
- Époque :
- Juin 1918, armée allemande (WWI)
- Inventeur :
- Fritz Nebel
Aussi appelé : ADFGVX cipher
ADFGVX est la version améliorée d’ADFGX, mise en service par l’armée allemande en juin 1918. La seule différence avec son prédécesseur : une sixième étiquette, V, qui permet de passer d’une grille 5×5 (25 cases) à une grille 6×6 (36 cases).
Cet élargissement résout un problème concret : ADFGX ne pouvait pas chiffrer les chiffres (0-9) directement — ils devaient être transcrits en mots (eins, zwei, drei), ce qui allongeait les messages et facilitait l’analyse. ADFGVX intègre les dix chiffres dans la grille, à côté des 26 lettres.
Principe
Étape 1 — Polybius 6×6
La grille contient 36 cases (26 lettres + 10 chiffres), mélangées selon une clé secrète :
A D F G V X
A A B C D E F
D G H I J K L
F M N O P Q R
G S T U V W X
V Y Z 0 1 2 3
X 4 5 6 7 8 9
Chaque caractère clair est remplacé par le couple (étiquette-ligne, étiquette-colonne). Par exemple : C → AF, I → DF, E → AV, 7 → XV.
Étape 2 — Transposition par colonnes
Identique à ADFGX : le texte intermédiaire (paires ADFGVX) est écrit dans une grille rectangulaire sous un mot-clé, puis lu par colonnes dans l’ordre alphabétique des lettres du mot-clé.
Exemple (étape 1 uniquement)
Clair CIPHE avec la grille ci-dessus :
C → A F I → D F P → F G H → D D E → A V
Résultat : AFDFFGDDAV.
Histoire
- Mars 1918 : mise en service d’ADFGX.
- Juin 1918 : ADFGVX remplace ADFGX pour pouvoir transmettre directement les chiffres.
- Mai-juin 1918 : Georges Painvin casse la méthode (dans ses deux variantes) en exploitant les en-têtes militaires formatés et des messages multiples de même longueur. L’armée française peut alors lire une partie du trafic allemand pendant les offensives de 1918 — un avantage décisif.
Painvin passa des semaines sans dormir à résoudre le système ; il en ressortit épuisé et tomba gravement malade. Son travail est considéré comme l’un des actes fondateurs de la cryptanalyse moderne.
Variantes et descendance
- ADFGX — prédécesseur à 5 étiquettes, sans les chiffres.
- Schlüsselzusatz 42 (SZ 42, Lorenz) — machine allemande de niveau stratégique utilisée en WWII, beaucoup plus complexe.
- JN-25 — code japonais de la WWII, principe similaire (surchiffrement d’un code).
Faiblesses
Les mêmes qu’ADFGX, avec la difficulté supplémentaire apportée par l’alphabet étendu :
- Messages formatés à en-têtes fixes → talons exploitables.
- Plusieurs messages de même longueur → contraintes géométriques sur la transposition.
- Statistiques sur les paires de symboles après annulation de la transposition.
Dans CipherChronicle
ADFGVX est le sommet des chiffrements manuels WWI : une double couche soigneusement pensée, cassable seulement avec beaucoup de travail humain et plusieurs ciphertexts. Les grilles associées peuvent mettre en scène la résolution en deux temps et la dimension historique.
Grille
- 1
Texte chiffré
Six lettres uniquement — A, D, F, G, V, X. Signature typique d'ADFGVX.
- 2
Grille 6×6 élargie
Inclut l'alphabet complet (I/J séparés) + les dix chiffres 0-9.
- 3
Lecture des paires
Chaque paire (étiquette-ligne, étiquette-colonne) désigne une case de la grille 6×6.
- 4
Transposition finale
Les paires sont réarrangées selon un mot-clé, comme pour ADFGX.
- 5
Message révélé
Les lettres originales apparaissent après les deux étapes inverses.